dimanche 18 août 2019

CORRIDA.. Plongée de la civilisation dans la décadence POINT DE VUE D' UN PSYCHIATRE.. ANALYSE..

SOURCE ET SUITE
 



« Torturer un taureau pour le plaisir, l’amusement, c’est plus que torturer un animal, c’est torturer une conscience. Tant qu’il y aura des êtres qui paieront pour voir une corrida, il y aura des guerres. »
Victor Hugo
« L’œil animal n’est pas un œil. L’œil esclave non plus n’est pas un œil, et le tyran n’aime pas le voir »
Alain
Historiquement (hystériquement faudrait-il ajouter), même si la corrida pourrait s’apparenter aux jeux du cirque de l’ancienne Rome, au moment où ces spectacles de tuerie, de combat entre hommes et animaux, sonnaient l’heure de la plongée de la civilisation romaine dans la décadence, la corrida est née dans les abattoirs (Séville – XVIème siècle).
Voici ce qu’il en est de la tradition, voilà ce qu’il en est de la culture.
C’est dans les abattoirs que les bouchers et leurs commis, avant de tuer les taureaux, s’amusaient, et amusaient leurs femmes, puis, moyennant finance, les bourgeoises et les bourgeois à les faire courir, à les piquer, à les poignarder, à les couper, à les saigner vivants, à les tailler en pièces pour distribuer queue, testicules, oreilles aux spectatrices et aux spectateurs fétichistes.
Certes il est nécessaire de considérer la terreur infligée aux animaux qui satisfait les perversions voyeuristes, fétichistes et sadiques des spectateurs ivres de sang, compte tenu de la pulsion d’emprise perverse qui veut considérer l’autre (le faible : l’entravé, l’enfant, la femme, l’animal sans voix : la victime potentielle) comme un objet, en une conjugaison archaïque qui mêle pulsion de destruction et pulsion pornophile.
Mais il est nécessaire également de prendre en compte la dimension psychopathique du rejet d’autrui par l’abject.
La violence tortionnaire proposée en spectacle à esthétique fruste et sommaire « sublime » une expression sadique brute, complexe, masquée, ambivalente, issue de la pulsion de destruction, mais, plus précisément, issue des pulsions perverse et psychopathique.
L’Autre y est pris en otage sous le statut de chose, d’objet réduit à l’impuissance par des corps impuissants, lâches tortionnaires et lâches voyeurs.

Complexité, car l’expression sado-tauromachique se construit sur un anthropocentrisme borné selon lequel c’est le point de vue de l’observateur (de l’archaïque voyeur) qui est privilégié, et ce nonobstant la torture de l’animal, le cortège d’arguments prétendument artistiques, sur ce qui reste une esthétique de foire, est appelé en renfort. Justification complexe de la pulsion scopique voyeuriste, donc. Pour autant, cette esthétique foraine populacière doit-elle prendre le pas sur la souffrance et piétiner la valeur compassionnelle de l’humanité ?
Masque, car l’énergie du taureau peut facilement le faire passer pour un animal agressif par nature, alors que tout est fait, dans son éducation (inculcation violente, incarcération, déportation, contention, brutalité, torture clandestine) pour réduire l’animal à une chose répondant au désir d’un commerce fondé sur l’abaissement d’une belle créature, au rang de chair à la merci de ce que le peuple a de plus bas, d’un mammifère unique dans l’imposition de sa noblesse. La force du taureau pour que cesse sa peur et sa souffrance est justifiée ab absurdo par les organisateurs dans son combat contre le torero, c’est-à-dire en inversant le véritable agressif qu’est l’homme, alors que les coups se portent sur le taureau, ivre de terreur, frappé de tous côtés par les picadors.
Ambivalence, car la violence impressionnante des scènes qui se succèdent devant la foule avide relève de la double continuité de la douleur de la bête et de l’acharnement de l’humain au rang d’énergie vitale orientée à la fois vers une esthétique sommaire et bouchère (l’étal, l’énergie mortifère, la geste répétitive, les couleurs criardes, des hommes et une victime) et, en fin de compte, vers une mort abjecte (le sang, le noir, les tripes, les excréments, l’odeur, l’horreur) au point de faire oublier au spectateur que le soi-disant respect dont il est parfois question pour justifier la tenue des toréadors et des aficionados, ces lâches tortionnaires par personnes interposées, ne devrait pas s’appliquer au crime sur un condamné.
Enfin, la question que pose l’exhibition du spectacle mortifère n’est pas due seulement au développement d’une mise en scène sadique improvisée et fruste dans son principe (fatiguer, saigner et tuer un animal qui ne veut que faire cesser son calvaire et qui lutte pour survivre), manifestement valorisée par les costumes clinquants et la mise en scène coloriée sans nuance, mais par le camouflage du côté obscur et honteux de la référence à la peur de la mort.
C’est aussi que cette manifestation d’un autre âge, l’âge de cette pulsion parmi les premières, de la bête qu’on craint et que des bêtes humaines torturent pour repousser l’angoisse d’être par elle blessées, dans la nuit d’une jouissance immonde des temps des premiers hommes, que l’on sacrifie aux peurs les plus immédiates, peurs d’être blessé par la crise, la guerre, la décadence, est proposée en un spectacle admis, toléré, légal.

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