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mercredi 10 mai 2017

L214 BRIGITTE GOTHIERE.. ENTRETIEN

SOURCE ET SUITE
 AVEC NOMBREUSES VIDEOS

"Il n’y a que les filières qui communiquent, on veut toujours nous faire croire que l’on mange de la viande heureuse. Le décalage avec la réalité est monstrueux"

S.A. | Cela permet d’avoir une trace, tout comme les historiens ont besoin d’avoir des documents sur lesquels s’appuyer. Quand on veut dénoncer un scandale il faut des preuves, et les seuls à s’exprimer aujourd’hui sur les produits animaux sont les filières, les marques et l’industrie agroalimentaire, avec des budgets faramineux, notamment pour la publicité. Il n’y a qu’eux qui communiquent, on veut toujours nous faire croire que l’on mange de la viande heureuse. Du coup, le décalage est monstrueux. Eux n’ont aucun intérêt à montrer des images d’abattoir, à révéler comment sont élevés les animaux : aujourd’hui, 95 % des cochons sont élevés en bâtiment, sur un sol en béton, sans accès à l’extérieur. S’il y a un consensus sur l’idée qu’on ne doit pas maltraiter les animaux, dans les faits la réalité est complètement différente.
Que cherchez-vous à montrer à travers vos vidéos ?
S.A. | On s’attache à montrer ce qui est le plus représentatif de la réalité dans la limite des difficultés d’investigation rencontrées. Avec des exceptions quand on juge que c’est utile. L’abattoir du Vigan, par exemple, est l’un des plus petits de France. Sur le papier, ça représente l’idéal de l’abattoir. Et on a montré ce qu’était cet "idéal" donc, parfois, il y a aussi des vertus à montrer des lieux plus petits. Sinon les gens vous disent : "Oui, mais ça c’est parce que c’est industriel, ailleurs ce n’est pas comme ça." Même s’il y a des cadences plus ou moins fortes, la violence est inhérente à l’abattage. Ce sont des choses difficiles à percevoir pour les gens car il y a un écart entre ce que l’on a envie de voir et ce qu’il se passe...........
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.................B.G. | On a un gros travail à accomplir sur les informations nutritionnelles. Parce que, aujourd’hui en France, on a encore beaucoup de professionnels de santé qui disent des bêtises. Qui insistent sur le fait qu’il faut manger de la viande, que le végétalisme est dangereux. Il y a vraiment des idées reçues tenaces à combattre.
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"La viande est une aberration économique dont les trois quarts des revenus dépendent des subventions et, au niveau environnemental, il y a les enjeux des gaz à effets de serre, de l’eau…"

S.A. | Surtout quand on sait que la production de viande est la principale cause de gaz à effet de serre avec les transports, que les médecins alertent sur notre résistance accrue aux bactéries et aux antibiotiques alors que presque la moitié des antibiotiques qui sont utilisés se trouvent dans la viande. Parce qu’avec nos méthodes d’élevage confinées, on donne des antibiotiques aux animaux en prévention de façon massive. Et aujourd’hui il y a des maladies toutes simples et des bactéries qui deviennent résistantes à plein de familles d’antibiotiques. La viande est une aberration économique dont les trois quarts des revenus dépendent des subventions et, au niveau environnemental, il y a les enjeux des gaz à effets de serre, de l’eau…
Et l’influence des lobbys ?  
B.G. | C’est évident ! On le voit au niveau européen : les propositions sont assez ambitieuses au départ et, petit à petit, les textes reculent jusqu’à se vider de leur substance. Il y a des pressions de la part de filières ayant des intérêts particuliers. Aujourd’hui, ce sont des céréaliers qui sont aux manettes de la FNSEA et ils ont intérêt à ce que l’on consomme beaucoup de produits animaux puisqu’il faut beaucoup de céréales pour nourrir les animaux, et que ça maintient les cours très haut. Tout ça n’est pas rationnel et pas du tout dans l’intérêt public.