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samedi 4 mars 2017

ALLEMAGNE...CET HOMME A RUE 100 000 COCHONS


 SOURCE ET SUITE



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ICI, on
tue des animaux, déclare-t-il. Si
on veut manger des côtes de porc, il faut d’abord tuer un cochon.” Une évidence depuis que les hommes mangent des
animaux. Sauf que les hommes n’en ont jamais assez : la consommation a
quadruplé au cours des cinquante dernières années. En moyenne, un Allemand a mangé 60 kilos de viande en 2011 – ce qui représente pour les cochons 60 millions de bêtes abattues. Essayer de
dresser le portrait d’un boucher d’abattoir, c’est un peu comme tenter
d’approcher un pédophile. On appelle au téléphone trente abattoirs, tous déclinent – “mauvaises expériences”, “pas envie”, “on ne voit pas l’utilité d’en parler”. Les
grandes fédérations de l’industrie de la viande ne rappellent jamais.
Finalement Tönnies, le plus gros producteur de viande d’Allemagne, est la seule
société à accepter de collaborer, et Holm Rausch le seul membre du personnel à
bien vouloir parler. L’abattage des animaux, c’est à la fois tabou et quotidien. Les
abattoirs se trouvent en général à la campagne, loin des hommes. Ce qui s’y
passe, comment on y travaille, tout cela reste caché. L’industrie craint ses consommateurs : ils veulent manger de la viande sans avoir mauvaise conscience,
sans le sang, sans la puanteur et, si c’était possible, sans animaux.
Une légère odeur aigre douceQuand Holm Rausch
arrive à l’abattoir de Weißenfels à 2 h 45, les premiers cochons sont
encore sur la route. En route pour la mort. Rausch gare sa Mercedes, à
côté de l’entrée réservée à la direction. L’abattoir se voit de loin. D’un
blanc vif, il se dresse au-dessus de cette petite ville du Land de Saxe-Anhalt. C’est le
deuxième plus grand établissement d’Allemagne, on y tue 15 000 cochons… par jour. Quand le soleil
frappe la façade, la lumière est telle qu’on doit fermer les yeux.
Une légère
odeur aigre douce plane. Et le silence règne ; c’est parce que “les
porcs sont débarqués des camions à l’intérieur”, explique Holm Rausch. L’abattage moderne se fait
presque sans bruit – et sans odeur. Pas un son, pas un couinement ne franchit
les portes............

..................Dans l’atelier de
découpe, les hommes et les femmes de l’équipe du matin se tiennent debout les
uns contre les autres au pied du tapis roulant. Il y a tellement de bruit qu’il faut
hurler pour se faire comprendre. Un homme passe sa journée à couper la tête des
cochons. Il fait froid, humide, ça sent le sang. Les ouvriers taillent des filets, des colliers, séparent la viande de la graisse,
tout ça à la main. Les tranches doivent avoir toutes la même taille. 
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La première bête
que Rausch a abattue était un mouton, on se formait sur de petits animaux. Pour
son diplôme, il a dû tuer un bœuf. Tout seul. Il ne voulait pas se
couvrir de honte. “Le bœuf, c’est le roi de l’abattoir”, confie-t-il. Aujourd’hui, tout est spécialisé, le
boucher traditionnel a disparu. Seul l’abattage n’a pratiquement pas changé.
Rausch s’est peu
à peu mis à abattre des animaux après le travail ou le week-end pour des
particuliers. Il se souvient très bien de son premier abattage à domicile.
C’était en 1968, son chef était ivre, il a dû tout faire lui-même. “C’est
complètement différent de l’abattage industriel.” Lui, tout seul contre la bête, le dépassement de soi, la responsabilité, le pouvoir. Pendant ses “meilleures
années”, Rausch tuait jusqu’à 120 cochons en
privé par an. Ça fait dans les 4 000 cochons à ce jour. Si on ajoute
les bêtes de l’abattoir, on arrive à 10 000 – voire 100 000 !